Publié le 19 octobre 2020

L’atteinte du sys­tème nerveux cen­tral serait à l’origine de la perte d’odorat et de goût et des délais con­séquents de récupération

Depuis le début de la pandémie en Europe, les médecins et notam­ment les spé­cial­istes en ORL s’interrogent sur les symp­tômes d’anosmie et de dys­gueusie liés au Covid19, et sur la récupéra­tion par­fois très lente de ces sens.

Après avoir dévoilé les résul­tats de deux études menées en avril et mai dernier – études coor­don­nées par le Dr Jérôme Lechien du ser­vice ORL de l’Hôpital Foch et le Pr Sven Saussez, ORL et chercheur à l’université de Mons – l’Hôpital Foch cherche à mieux com­pren­dre l’évolution de la mal­adie, et son orig­ine dans la perte de ces deux sens, et analyse, les taux de récupéra­tion chez les patients européen.

 Quels étaient les résul­tats et les recom­man­da­tions des études menées en avril/mai 2020 ?

• Les symp­tômes les plus couram­ment observés sont les céphalées (70,3 %), la perte de l’odorat (70,2 %), l’obstruction nasale (67,8 %), la toux (63,2 %), l’asthénie (63,3 %), les myal­gies (62,5 %), la rhi­n­or­rhée (60,1 %), la dys­fonc­tion gus­ta­tive (54,2 %), les maux de gorge (52,9 %). La fièvre a quant à elle été sig­nalée par 45,4% des patients.

• La pré­va­lence des symp­tômes varie selon l’âge et le sexe : ce sont majori­taire­ment les jeunes et les femmes qui souf­frent de symp­tômes ORL liés à la Covid19.

• Les symp­tômes des patients européens sont dif­férents de ceux des patients chi­nois, peu touchés par des symp­tômes ORL.

 Une anos­mie qui s’explique par une inva­sion du Covid19 dans le sys­tème nerveux cen­tral, et non dans les fos­s­es nasales.

A pro­pos des mécan­ismes de sur­v­enue de l’anos­mie, une étude IRM menée entre l’hôpi­tal Foch et d’autres étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers con­firme que les patients anos­miques ont une atteinte du bulbe olfac­t­if, cette région située à la base du cerveau et qui a un rôle majeur dans l’odorat. (1)

Une sec­onde étude menée en col­lab­o­ra­tion avec la Bel­gique sur des patients belges (2) con­firme ses résul­tats et démon­tre que l’at­teinte de la fente olfac­tive n’est pas asso­ciée au prob­lème d’odor­at qui per­dure dans le temps. Ce mécan­isme pour­rait expli­quer une perte d’odor­at aigüe (pen­dant la phase clin­ique de la mal­adie) mais n’est pas suff­isant pour expli­quer la perte impor­tante que les patients rap­por­tent. D’ailleurs, une récente étude sur des sujets anatomiques pub­liée dans Neu­rol­o­gy con­firme le pas­sage du virus dans le cerveau, et l’atteinte du bulbe olfac­t­if. (3)

L’in­flam­ma­tion nasale et l’ob­struc­tion asso­ciée ne sont pas les seuls fac­teurs éti­ologiques à l’o­rig­ine du dys­fonc­tion­nement olfac­t­if. La capac­ité du COVID-19 à envahir le bulbe olfac­t­if et le sys­tème nerveux cen­tral per­met d’expliquer la fréquence asso­ciée des trou­bles du goût.

Quelles sont les con­séquences sur la récupéra­tion des fac­ultés olfac­tives et gus­ta­tives chez les patients Covid19 ?

75 à 85 % des patients anos­miques sem­blent récupér­er leur odor­at deux mois après la fin de la mal­adie. (4)

Une étude mul­ti­cen­trique Européenne coor­don­née par l’Hôpi­tal Foch et l’U­ni­ver­sité de Mons en Bel­gique a suivi plus de 1300 patients au cours des derniers mois. Selon la façon d’é­val­uer le trou­ble de l’ol­fac­tion (sub­jec­tive ou objec­tive), 75 à 85% des patients récupèrent leur odor­at. Rap­pelons que, dans la même étude, il avait été démon­tré que la présence d’un trou­ble de l’odor­at était un fac­teur de bon pronos­tic de la mal­adie à coro­n­avirus. En effet, les patients qui ont dévelop­pé une mal­adie à coro­n­avirus sévère, ain­si que ceux qui ont été hos­pi­tal­isés en soins inten­sifs, ont une pro­por­tion de trou­ble de l’odor­at net­te­ment plus faible que les sujets non hos­pi­tal­isés en réanimation.

Con­cer­nant le goût, la dernière étude de l’hôpital Foch mon­tre que 90,6% des patients ayant rap­porté une perte de goût sem­blent avoir retrou­vé le gout deux mois après la fin de la mal­adie à coro­n­avirus. (5)

Dans quel con­texte s’inscrivent ces études ?

Face au risque de sec­onde vague, les enjeux futurs des études menées en par­tie à l’Hôpital Foch con­sis­tent à mieux com­pren­dre les mécan­ismes immu­ni­taires qui expliquent l’as­so­ci­a­tion entre perte d’odor­at et meilleur pronos­tic de la mal­adie, et de met­tre en place des out­ils clin­iques basée sur l’intelligence arti­fi­cielle pour col­lecter les symp­tômes des patients afin de mieux dis­cern­er la grippe saison­nière et le coro­n­avirus au cours des prochains mois d’automne et d’hiver.

Etudes com­plètes :

(1) Chetrit A, Lechien JR, Ammar A, Chekkoury-Idris­si Y, Dis­tin­guin L, Cir­ciu M, Saussez S, Ballester MC, Vasse M, Berrad­ja N, Hans S, Car­li­er R, Edjlali M. I Mag­net­ic res­o­nance imag­ing of COVID-19 anos­mic patients reveals abnor­mal­i­ties of the olfac­to­ry bulb: Pre­lim­i­nary prospec­tive study. J Infect. 2020 Jul 30:S0163-4453(20)30509–0. doi: 10.1016/j.jinf.2020.07.028.

(2) Lechien JR, Michel J, Rad­ule­sco T, Chiesa-Estom­ba CM, Vaira LA, De Riu G, Sower­by L, Hop­kins C, Saussez S. I Clin­i­cal and Radi­o­log­i­cal Eval­u­a­tions of COVID-19 Patients With Anos­mia: Pre­lim­i­nary Report. Laryn­go­scope. 2020 Jul 17:10.1002/lary.28993. doi: 10.1002/lary.28993.

(3) 3Coolen T, Lol­li V, Sadeghi N, Rovaï A, Trot­ta N, Tac­cone FS, Cre­teur J, Hen­rard S, Gof­fard JC, De Witte O, Naei­je G, Gold­man S, De Tiège X. I Ear­ly post­mortem brain MRI find­ings in COVID-19 non-sur­vivors. Neu­rol­o­gy. 2020 Jun 16:10.1212/WNL.0000000000010116. doi: 10.1212/WNL.0000000000010116.

(4) Lechien JR, Chiesa-Estom­ba CM et al. I Preva­lence and Recov­ery of Olfac­to­ry Dys­func­tion in a Cohort of 1,363 COVID-19 Patients: A Mul­ti­cen­ter Lon­gi­tu­di­nal Study. 2020

(5) Chiesa-Estom­ba CM, Lechien JR, Bar­il­lari MR, Saussez S. I Pat­terns of Gus­ta­to­ry Recov­ery in Patients Affect­ed by the COVID-19 Out­break. Virol Sin. 2020 Aug 3:1–5. doi: 10.1007/s12250-020–00272‑9.

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