Présentation du passe sanitaire obligatoire pour tout accès à l’hôpital (hors urgences)

Pr Alexandre Hertig, chef de service néphrologie

Publié le 19 février 2021

Entre­tien avec le pro­fesseur Alexan­dre Her­tig, chef du ser­vice de néphrolo­gie de l’Hôpital Foch depuis jan­vi­er 2021.

Âgé de 49 ans, le pro­fesseur Her­tig vient de suc­céder au Dr Michel Dela­housse, lequel est tou­jours en poste et pleine­ment dédié à la prise en charge des patients. Alexan­dre Her­tig a tra­vail­lé pen­dant dix-huit ans dans le ser­vice de néphrolo­gie aiguë et de trans­plan­ta­tion rénale de l’Hôpital Tenon, puis a rejoint le ser­vice de trans­plan­ta­tion rénale de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière lorsque ces deux cen­tres de greffe ont fusionné.

Quel est votre projet pour le service de néphrologie ? De quelle façon développez-vous l’activité à l’Hôpital Foch ?

Ma pri­or­ité est de redy­namiser l’activité de trans­plan­ta­tion rénale de notre étab­lisse­ment, dans un esprit médi­co-chirur­gi­cal, et donc en parte­nar­i­at étroit avec nos con­frères uro­logues. Ensem­ble, nous souhaitons notam­ment dévelop­per encore davan­tage l’activité de trans­plan­ta­tion à par­tir de don­neurs vivants, car c’est aujourd’hui le meilleur traite­ment de l’insuffisance rénale terminale.

Mon expéri­ence dans le domaine de l’insuffisance rénale aiguë me fait aus­si espér­er une aug­men­ta­tion de nos inter­ac­tions avec les réan­i­ma­teurs, lesquels sont con­fron­tés au quo­ti­di­en à des malades poly-défail­lants, mais dont la défail­lance rénale a par­fois des sin­gu­lar­ités, que nous pou­vons aider à comprendre.

Avec la trans­plan­ta­tion pul­monaire qui ray­onne lit­térale­ment à Foch, la pre­mière trans­plan­ta­tion utérine de France qui vient juste d’y être couron­née de suc­cès avec la nais­sance en févri­er de l’enfant Misha, et enfin la trans­plan­ta­tion rénale dont je souhaite qu’elle prenne beau­coup d’ampleur, on ne peut que souhaiter un bel avenir à notre chaire de transplantation.

Comment souhaitez-vous collaborer avec les médecins de ville et correspondants ?

Notre souhait est d’accélérer l’accès à un avis néphrologique, car la mal­adie rénale chronique a la par­tic­u­lar­ité d’être sou­vent sournoise, indo­lente, et beau­coup de patients sont décou­verts à un stade déjà tardif de leur mal­adie : autant que faire se peut, nous leur devons d’être le plus réac­t­ifs pos­si­ble, et donc acces­si­bles dès que leur médecin trai­tant a repéré un prob­lème rénal.

Nous avons ain­si mis en place numéro joignable toute la semaine aux jours et heures ouvrables, pour que tous les pro­fes­sion­nels de san­té puis­sent avoir un avis néphrologique de débrouil­lage rapi­de. N’hésitez pas à nous con­tac­ter au 01 46 25 22 99.

D’autre part, nous allons ouvrir un par­cours de mal­adie rénale chronique, dit « par­cours MRC », qui inclu­ra des con­sul­ta­tions gra­tu­ites d’éducation thérapeu­tique et de diété­tique (l’alimentation joue en effet un rôle déter­mi­nant dans la pro­gres­sion de la mal­adie rénale), mais aus­si un sou­tien psy­chologique pour les patients dont le ressen­ti de la mal­adie rénale est le plus difficile.

Vous vous impliquez beaucoup au sein d’associations de patients. Sur quels types d’actions les accompagnez-vous ?

La pandémie COVID-19 nous place tous à un moment très par­ti­c­uli­er. Il est essen­tiel d’informer du mieux que nous le pou­vons les patients atteints de mal­adie rénale sur leur pro­pre risque infec­tieux, et sur l’intérêt pour eux de se vac­cin­er con­tre le coro­n­avirus. Mais il est tout aus­si impor­tant de con­tin­uer à les soign­er pour leur mal­adie chronique, et de mesur­er régulière­ment le reten­tisse­ment de leur mal­adie, pandémie ou pas.

À une échelle plus large, je suis égale­ment con­va­in­cu que le temps est venu d’associer davan­tage les patients aux déci­sions que nous prenons pour organ­is­er leurs soins, et les asso­ci­a­tions de patients peu­vent nous y aider. Dans ce cadre, je m’efforce de com­mu­ni­quer auprès des patients via dif­férents canaux : salons de dis­cus­sions virtuels, pub­li­ca­tions sur le site Inter­net des asso­ci­a­tions de patients, dans la presse grand pub­lic ou encore dans les rares jour­naux sci­en­tifiques qui ont des rubriques réservées aux patients.

Les problématiques rénales liées à la grossesse font partie de vos domaines d’excellence. Comment pensez-vous apporter votre expertise à l’Hôpital Foch ?

Je souhaite aug­menter forte­ment la col­lab­o­ra­tion avec le ser­vice de gyné­colo­gie-obstétrique en rai­son, en effet, d’une exper­tise sur la pré-éclamp­sie que j’ai dévelop­pée depuis main­tenant plus de vingt ans. La pré-éclamp­sie est une patholo­gie tran­si­toire mais elle touche, en France, 4 % des prim­i­pares. C’est énorme. Son reten­tisse­ment rénal est par­fois sévère, jusqu’à l’insuffisance rénale aiguë. Elle est égale­ment asso­ciée à un sur-risque car­dio­vas­cu­laire au long cours qui jus­ti­fie des con­sul­ta­tions dédiées, d’information et de prévention.

Je compte enfin créer et implanter à Foch le reg­istre nation­al de suivi des grossess­es chez les patientes trans­plan­tées d’un organe solide (rein, poumon, cœur, foie). Ces patientes sont juste­ment à très haut risque de pré-éclamp­sie. Avec un ensem­ble d’experts, nous tra­vail­lons pour établir dans cette pop­u­la­tion par­ti­c­ulière un pro­to­cole de soins mod­erne, qui tienne compte des pro­grès majeurs obtenus il y a une quin­zaine d’années sur la phys­iopatholo­gie du syn­drome mater­nel de pré-éclamp­sie. On peut aujourd’hui non seule­ment anticiper le diag­nos­tic de pré-éclamp­sie, mais aus­si espér­er bien­tôt de nou­veaux traite­ments car ce syn­drome, en 2021, se traite tou­jours par la seule délivrance : d’où égale­ment des enjeux liés à la pré­ma­tu­rité des enfants.

Il y a encore beau­coup de place pour la recherche, et nous comp­tons y met­tre toute notre énergie. Là aus­si, une asso­ci­a­tion de patientes – Grossesse San­té, la seule exis­tant dans ce domaine – nous aide à dif­fuser des infor­ma­tions sur la pré-éclamp­sie, qui est un syn­drome longtemps mal com­pris, des patientes comme des médecins, au point qu’il s’est longtemps appelé « la mal­adie des théories ». Ce temps-là est der­rière nous, il faut main­tenant avancer.