Publié le 20 mai 2020

L’Hôpi­tal Foch a fait le choix depuis quelques années de met­tre en place un suivi psy­chologique pour tout son per­son­nel. Pour ce faire, Sabrine Berra­da, psy­cho­logue de la médecine du tra­vail, apporte son aide au quo­ti­di­en et notam­ment actuelle­ment en con­séquence de la crise san­i­taire.

Médecine du travail

Sabrine Berra­da (à droite), avec la cheffe du ser­vice médecine du tra­vail, le Doc­teur Car­line Amiel-Taïeb.

Habituelle­ment à la pointe, l’Hôpi­tal Foch souhaite soutenir ses équipes en con­fi­ant à Sabrine Berra­da une tâche néces­saire prenant encore plus de sens face à l’actuelle crise san­i­taire. L’or­gan­i­sa­tion ayant été boulever­sée pour gér­er l’af­flux de patients, la psy­cho­logue du tra­vail et des organ­i­sa­tions se rend disponible pour être à l’é­coute de tout le per­son­nel. Lorsque la ques­tion de savoir le nom­bre de psy­cho­logues dans les hôpi­taux lui est posée, elle a des dif­fi­cultés à répon­dre. « J’ai un col­lègue à Ambroise Paré à Boulogne, mais sinon… », répond Sabrine Berra­da.

Elle nous racon­te son activ­ité avant l’ar­rivée de la pandémie.
« Je menais des entre­tiens indi­vidu­els dans des cas de souf­france au tra­vail, par exem­ple lorsque des ten­sions appa­rais­saient dans un ser­vice, entre col­lègues, ou avec la hiérar­chie. En par­al­lèle j’organisais des ren­con­tres col­lec­tives dans le cas de prob­lèmes pathogènes, ain­si lorsqu’il y avait beau­coup de turn over au sein d’un ser­vice, ou de dis­sen­sions entre généra­tions. Je menais une sorte d’enquête pour établir un plan de réor­gan­i­sa­tion », rap­pelle la psy­cho­logue.

Lors du com­mence­ment de la crise et du con­fine­ment, le ser­vice de médecine du tra­vail s’est trans­for­mé en un cen­tre de dépistage du Covid pour l’ensem­ble du per­son­nel de Foch. L’ac­tiv­ité de Sabrine Berra­da a donc été réor­gan­isée à son tour. « Je vais directe­ment dans les ser­vices qui sont eux même cham­boulés. Une par­tie du bloc opéra­toire et la salle de réveil ont ain­si été trans­for­mées en lits de réan­i­ma­tion quand d’autres ser­vices ont été réservés et isolés pour accueil­lir des patients Covid », indique-t-elle.

Mal­gré le boule­verse­ment, géré de façon pro­fes­sion­nelle, elle peut éval­uer et accom­pa­g­n­er ce change­ment, ce qui lui per­met de con­tin­uer son action même dans les endroits les plus sen­si­bles de l’hôpi­tal. « Ce sont des sit­u­a­tions com­plex­es », insiste-t-elle. Sa mis­sion con­siste à écouter, échang­er et soutenir. « Je suis présente au plus près des équipes, j’ai ma char­lotte, mon masque et ma blouse. » Cela a per­mis une prox­im­ité afin que le per­son­nel ne sente pas isolé. Mais du point du vue de sa vie per­son­nelle, les journées de Sabrine sont dev­enues chargées et très longues, d’au­tant qu’elle a souhaité être présente lors de cer­taines nuits.

Les gens sont à fleur de peau. Les chefs de ser­vices essaient de leur per­me­t­tre au max­i­mum de se repos­er. Nous avons mis en place un cen­tre de relax­ation où inter­vi­en­nent un kiné et un osthéo. Je leur donne égale­ment des tech­niques pour se ressourcer.

Sabrine berra­da
Médecine du travail

Le per­son­nel entier de l’hôpi­tal peut faire appel à elle et à ses com­pé­tences. « Médecins, cadres, direc­tion, agents d’entretien ou d’accueil, internes, agents tech­niques qui ont eu rôle cru­cial à jouer dans les démé­nage­ments des ser­vices, la mon­tée en charge, c’était pour tout le monde ! », con­firme-t-elle, tout comme il « n’y a pas de fierté mal placée ».

En plus du tra­vail acharné des équipes pen­dant la crise de la mal­adie Covid et du con­fine­ment, d’autres con­séquences sont apparues, notam­ment les activ­ités extra pro­fes­sion­nelles qui ont mal­heureuse­ment dis­parues.
« Les gens sont à fleur de peau. Les chefs de ser­vices essaient de leur per­me­t­tre au max­i­mum de se repos­er. Nous avons mis en place un cen­tre de relax­ation où inter­vi­en­nent un kiné et un osthéo. Je leur donne égale­ment des tech­niques pour se ressourcer. La marche, à l’extérieur, est par exem­ple impor­tante, on rejoint là les pré­ceptes de la sophrolo­gie. Cela n’est pas anec­do­tique : il faut absol­u­ment con­tin­uer de pren­dre soin de soi, de se douch­er par exem­ple. » explique-t-elle.

Sabrine Bar­ra­da doit égale­ment gér­er un tout autre prob­lème de la vie sociale : le besoin pour les plus jeunes de se ren­con­tr­er, d’échang­er, une fois qu’ils sont hors de l’hôpi­tal. « On les sou­tient donc en créant des lieux d’échanges col­lec­tifs au sein des ser­vices, ne serait-ce qu’en partageant un café. On fait avec ce que l’on a ! », sourit-elle.

Une potentielle deuxième vague

Début mai, lors d’un éventuel décon­fine­ment, elle se rend compte la fatigue générale des équipes et se doit de les accom­pa­g­n­er. « Même si nous avons eu la chance que la vague ait été étalée, ce qui nous a notam­ment per­mis de mul­ti­pli­er les places en réan­i­ma­tion, la durée de cet épisode, fait que dans cer­tains ser­vices, les agents n’ont plus la même énergie qu’il y a deux mois, même si la voca­tion fait qu’ils ne s’arrêteront pas. Pen­dant une péri­ode, on ne vivait que Covid. Une prise en charge lourde et récur­rente, comme une forme de marathon. Il faut absol­u­ment la pren­dre en compte et pren­dre des dis­po­si­tions surtout au cas où nous devri­ons faire face à une deux­ième vague », explique la psy­cho­logue.

À l’Hôpi­tal Foch ain­si que beau­coup d’autres hôpi­taux, il faut s’adapter pour faire face :
« J’aurai prob­a­ble­ment de plus en plus de deman­des d’entretiens indi­vidu­els et s’il y a des soucis graves, je pour­rai les ori­en­ter vers la médecine du tra­vail ».

En revanche, et avec soulage­ment, la crainte d’avoir à faire un choix ne s’est pas man­i­festée.
« Tout sim­ple­ment parce que cela fait par­tie de la for­ma­tion des urgen­tistes et des réan­i­ma­teurs. Ils y appren­nent à éval­uer la pos­si­ble survie et dans quel état, pour éviter tout acharne­ment thérapeu­tique. », détaille Sabrine Berra­da.

Ultime obser­va­tion de la part de la psy­cho­logue ain­si que de nom­breuses per­son­nes de Foch : la crise aura tout de même per­mis de con­solid­er les col­lab­o­ra­tions et les sol­i­dar­ités au sein même de l’hôpi­tal. Atyp­iques et soudés.

Source : Suresnes Mag

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