Publié le 7 avril 2020

Marie Ballester, cheffe du ser­vice, nous explique com­ment les soignants font face à la pandémie chaque jour.

Le ser­vice des urgences est depuis quelques semaines réor­gan­isé et adap­té afin de lut­ter de façon plus effi­cace con­tre le Covid-19.

Le week-end du 29 mars, l’im­por­tante vague de patients atten­due ne s’est finale­ment pas pro­duite. « Le dimanche était plutôt calme, même moins chargé que le ven­dre­di. Il y a eu du flux mais nous nous atten­dions à pire », pré­cise Marie Ballester, cheffe du ser­vice des Urgences de l’hôpital depuis 2017.

En temps nor­mal, le ser­vice des urgences est organ­isé en 2 par­ties, une pour les urgences lour­des et la deux­ième pour les urgences plus légères.
Ces secteurs ont été réor­gan­isés en rap­port avec le Covid-19, tou­jours en 2 par­ties dis­tinctes : une par­tie trai­tant les patients “non-covid” et une autre par­tie beau­coup plus équipée trai­tant les patients “poten­tielle­ment covid”.
« C’est dans ce secteur que sapeurs-pom­piers et Samu con­duisent les patients « covid » graves et que l’on accueille les per­son­nes amenées par des ambu­lances qui ont été régulées par un médecin en ville ou par le Samu », pré­cise la cheffe du service.

Assurer la gestion de toutes les urgences

En plus de cette crise san­i­taire à gér­er, les soignants du ser­vice se doivent d’être présents aux urgences quo­ti­di­ennes.
Habituelle­ment, 30% des patients traités sont hos­pi­tal­isés. Il a été con­staté que depuis le début de cette épidémie et en rai­son des mesures de con­fine­ment adop­tées par le gou­verne­ment, ce flux d’ur­gences n’a pas aug­men­té, il a même diminué.

« Les gens sont chez eux. Il y a donc moins d’accident de sport, d’accident de la route, d’accidents pro­fes­sion­nels. Et puis les gens ne vien­nent plus aux urgences comme d’habitude pour des otites ou des angines ou parce qu’ils n’ont pas de médecin trai­tant en ville. Ceux-là ont com­pris le mes­sage et restent chez eux. C’est une bonne chose », se félicite Marie Ballester. « Les per­son­nes qui arrivent aux urgences présen­tent vrai­ment un car­ac­tère d’urgence. Il y a tou­jours des infarc­tus, des AVC, et nous con­sta­tons aus­si, con­fine­ment oblige, une hausse des acci­dents domes­tiques et de bricolage ».

Au fil des jours, le cheffe du ser­vice note un change­ment évo­lu­tif du pro­fil des patients infec­tés notam­ment au niveau de l’âge.
Les soignants du ser­vice voient se présen­ter des per­son­nes plus jeunes, dans des cas plus graves.
« Les unités Covid de l’hôpital ont été mon­tées il y a plus de trois semaines. Il y a eu beau­coup de pas­sage et beau­coup de patients sont déjà ressor­tis. Cer­tains sont passés en réan­i­ma­tion, bien sûr. Nous avons eu des décès aus­si, » explique la cheffe des urgences.

« Voilà pourquoi le seul mes­sage à faire pass­er et à répéter encore est, regardez notre pho­to : RESTEZ CHEZ VOUS AU MAXIMUM. Respectez le con­fine­ment. C’EST TRÈS TRÈS IMPORTANT ! » 

Marie Ballester, cheffe du ser­vice des Urgences de l’Hôpital Foch

Soutenir moralement ses équipes 

Marie Ballester sait qu’il est égale­ment pri­mor­dial pen­dant cette crise intense de con­serv­er le moral et soutenir ses équipes. C’est pourquoi une cel­lule psy­chologique assurée par des pro­fes­sion­nels de san­té de l’Hôpi­tal Foch est disponible sous forme de hot line téléphonique.

« Moi-même, j’organise une réu­nion tous les jours avec le paramédi­cal pour voir com­ment ça va, s’ils ont des ques­tions, pour les écouter. Nous essayons de les informer le plus pos­si­ble et de leur pro­jeter que nous devrons peut-être pass­er en mode médecine de cat­a­stro­phe à un moment don­né. A Foch, nous tra­vail­lons encore cor­recte­ment, mais nous pour­rons aus­si être dans l’obligation de pass­er en mode dégradé qui nous con­duira à faire des choix dras­tiques. On passe alors en médecine de cat­a­stro­phe et la ques­tion du tri des patients se pose. Nous devons aus­si nous pré­par­er psy­chologique­ment à cela », con­fie la cheffe, gorge ser­rée.
« A pri­ori, quand on choisit ces métiers, ce n’est pas for­cé­ment pour avoir à pren­dre ces déci­sions. Notre méti­er c’est de sauver les gens et de les sauver tous, quoi qu’il arrive. Là, la sit­u­a­tion à venir va peut-être nous oblig­er à faire des choix. »

Marie Ballester se con­sacre chaque jour de la semaine aux patients du ser­vice des urgences et doit égale­ment gér­er son absence du côté de sa vie privée.
« Être au tra­vail, dans le feu de l’action, me per­met de ne pas trop y penser. Quand je ren­tre, je vois mes enfants, mon mari qui lui aus­si est médecin, on essaye de ne pas trop en par­ler, mais on a tou­jours une petite inquié­tude au fond de soi, peur de con­t­a­min­er les siens. On pense à ses par­ents, comme tout le monde. On essaye de ne pas trop le mon­tr­er pour ne pas faire peur aux autres, » répond la cheffe du service.

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