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LE CANCER DE LA PROSTATE : Etude ANDROCAN*

LE CANCER DE LA PROSTATE : Etude ANDROCAN*
13 mai 2019

Une mise à jour du rôle de la testostérone dans le cancer de la prostate et un nouvel usage thérapeutique de la testostérone

 

*Publiée dans la revue Hormones and Cancer (Novembre 2018)

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1166708717301902

 

 

Contrairement à l’idée établie depuis de nombreuses décennies, la testostérone n’est pas responsable du cancer de la prostate. D'après une étude mise en place à l'hôpital Foch par le Pr Henri BOTTO son déficit pourrait même être associé à l'agressivité de la tumeur prostatique.

 

Objectifs et présentation de l’étude ANDROCAN

 

 

1- Démontrer de façon définitive que c’est le manque de testostérone qui fait la gravité du cancer de la prostate.

En effet, il est suspecté depuis quelques années qu’un taux insuffisant de testostérone (hypogonadisme) serait un facteur associé à une gravité particulière du cancer de la prostate.

 

2- Et, en finir  ainsi avec  ce paradoxe qui fait de la testostérone l’hormone de la vie masculine jusqu'à 55/60 ans où, pour une raison totalement inconnue, elle « donnerait » le cancer de la prostate interdisant tout supplémentation en testostérone même si elle est cliniquement indiquée.

 

Il s’agit d’une étude prospective multicentrique et observationnelle réalisée par 4 services d’urologiques français, l'hôpital Foch, institut Montsouris, CHU Pitié-Salpêtrière et le CHR de Colmar.

Cette étude concerne 1343 patients porteurs d’un cancer de la prostate localisé et traité par prostatectomie radicale robot-assistée. Tous ces patients ont eu en pré-opératoire un bilan hormonal large (incluant les précurseurs et les métabolites de la testotérone). Les dosages ont été effectués par chromatographie spectométrie, selon les recommandations internationales.

 

Par sa méthodologie, sa rigueur biologique et l’importance inégalée de la cohorte, ANDROCAN confirme que la gravité du cancer localisé de la prostate est liée à l’hypogonadisme. Alors que, l’étude de Charles Huggins en 1942 (qui lui valut le prix Nobel de médecine en 1966) entérinait la responsabilité de la testostérone dans l'apparition du cancer de la prostate. Il démontrait que les cancers de prostate métastasés étaient temporairement contrôlés par la castration établissant ainsi le fait que le cancer de prostate était un cancer lié à la testostérone.

 

Conséquences et enjeux d’ANDROCAN

La castration, qu’elle soit chirurgicale ou médicale, doit donc être totalement remise en cause en cas de cancer localisé.

L’explication de ce revirement est simple : les travaux de Charles Huggins ne concernaient que des cancers métastatiques qui aujourd’hui représentent 8 % des cas.

En effet, l’hypogonadisme chez l’adulte (plus de 50 ans) est facteur de multiples troubles :

  • Altération de l’humeur et des facultés cognitives
  • Atrophie musculaire
  • Obésité abdominale et prise de poids avec baisse de la masse maigre
  • Baisse de la pilosité
  • Gynécomastie, bouffée de chaleur
  • Trouble de la libido et dysfonction érectile

Il est important aussi de noter que plus de la moitié des personnes obèses sont hypogonadiques et la supplémentation en testostérone corrige et/ou facilite la prise en charge de l’obésité.

De plus, 33% des patients diabètiques de type 2 sont hypogonadiques et la supplémentation en testostérone faciliterait le contrôle du diabète.

 

La communauté médicale doit revoir les règles qui encadrent la supplémentation en testostérone chez l’adulte.

En démontrant par des études cliniques indiscutables que la testostérone peut être prescrite en cas de cancer de prostate localisé (90% des Ca au diagnostic) ;

  • Si le patient présente des troubles cliniques rapportables a un hypogonadisme biologiquement confirmé.
  • Si ces cancers surviennent chez des hypogonadiques, pour améliorer le pronostic du cancer comme on peut le supposer.

 

En démontrant par des études cliniques indiscutables que la supplémentation en testostérone des hypogonadiques, obèses, diabétiques de type II, des hommes vieillissant … améliore ces pathologies et ce de façon efficiente, une fois un cancer de prostate éliminé par un bilan urologique.

 

Conclusion

Cette découverte pourrait avoir un retentissement dans de nombreux domaines car la testostérone aurait un rôle dans les coronaropathies, le diabète, la densité osseuse…

Selon le Pr Botto, d'autres pistes seraient également à étudier : « On s'est déjà rendu compte que le cancer de la prostate localisé se traduisait au niveau de la prostate par un effondrement de la testostérone mais il faudrait savoir ce qu'il se passe dans les métastases… car il est probable que le métabolisme de la testostérone change en fonction de l'évolution du cancer ». cf Le Quotidien du Médecin (25.04.2019)

 

D’après la conférence de presse de l’hôpital Foch, le 26 mars 2019