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Docteur Catherine NIZOU, gastroentérologue

Docteur Catherine NIZOU, gastroentérologue
11 mars 2019

« Mars bleu » Le dépistage du cancer colorectal (CCR)

 

Dans le cadre de « Mars Bleu » mois de promotion du dépistage contre le cancer colorectal, l’hôpital Foch s’engage et organise des actions de prévention, de sensibilisation et d’information le mercredi 13 mars 2019, le service de chirurgie digestive et de gastroentérologie avec le réseau ADK92 seront présents à l’accueil de l’hôpital de 9h-14h pour répondre aux questions des patients.

 

Dr Catherine NIZOU :

 

Pouvez-vous nous présenter l’épidémiologie du CCR ?

Pour les 2 sexes confondus, le CCR représente le 2nd cancer, soit 42 152 nouveaux cas en 2012. Il est grave, car le taux de survie brut à 5 ans est de 56%.

Il y a une progression de l’incidence dans le temps : + 50% entre 1975 et 2000, soit 24 900 à 36 300 nouveaux cas par an.

 

Quels sont les facteurs de risque et les individus à risque ?

Il y a les facteurs de risque environnementaux liés à la consommation de viandes rouges, de charcuterie, les excès caloriques, la sédentarité, l’alcool, et le tabac.

Mais aussi les lésions précancéreuses comme l’adénome colique, c’est un facteur de risque, 70% des CCR ont été des polypes.

 

La stratégie de dépistage est différente en fonction du groupe auquel appartient le patient, nous dénombrons trois groupes.

Seul le 3ème groupe relève du dépistage organisé. Les deux autres relèvent de la coloscopie de dépistage d’emblée (maladies génétiques familiales, ATCDS personnel ou familial de CCR ou de polypes, patients porteurs de colite inflammatoire chronique).

 

Pouvez-vous nous présenter le dépistage de masse du CCR ?

L’objectif est de réduire l’incidence en dépistant les lésions précancéreuses.

Le test est sensible, spécifique, de réalisation facile, dénué de risque et peu onéreux. Le taux de positivité est faible de 2 à 3%.

Les deux tiers des cancers et des polypes supérieurs à 2 cm saignent au moins une fois par semaine.

Une démarche en 2 temps :

  • Un test de recherche du saignement occulte dans les selles pour les personnes éligibles.
  • Une coloscopie en cas de positivité du test (aucune anomalie dans plus de la moitié des cas (faux positifs), un polype dans 30 à 40 % des cas et un cancer dans 8 % des cas)

 

Le test immunologique repose sur la détection de la présence d'anticorps monoclonaux ou polyclonaux spécifiques de la partie globine de l'hémoglobine humaine dans les selles.

C’est un test quantitatif, le seuil de positivité est modifiable. Il est actuellement réglé à 150ngHb/ml de tampon donnant un taux de positivité de 4%.

Son déploiement progressif a été décidé suite à l'avis favorable de la Haute Autorité de Santé en 2008 et au rapport de l'INCa de 2011 précisant les modalités de migration vers ce test immunologique.

 

Quel est le rôle du médecin généraliste ?

Le médecin généraliste est le pivot central de ce dépistage. Il réalise une démarche de prévention versus une démarche de soins. Il permet de convaincre les patients éligibles et d’assurer leur adhésion et leur fidélité (un test tous les 2 ans) à cette campagne.

  • Il évalue le niveau de risque du patient et à quel groupe il appartient.
  • Il remet et explique les modalités pratiques de réalisation du test.
  • Il informe sur les bénéfices de ce dépistage et sur ses limites.
  • Il identifie les freins, les obstacles et les réticences à la réalisation du test.
  • Il informe de la prise en charge à 100% sans avance de frais du test.

 

Quel est le rôle du gastroentérologue ?

  • Il réalise une consultation d’information du patient à test positif.
  • Il expose le risque de complications graves mais rares liées à la réalisation d'une coloscopie : perforation ou hémorragie colique : 1 à 4,5 pour 1 000 coloscopies.
  • Le risque de décès est estimé entre 1/18 000 et 1/10 000 coloscopies.
  • Ces risques sont minimes au regard des bénéfices attendus.