Publié le 16 septembre 2019

La gestion de l’épidémie de grippe et les services des urgences en France

Est-on en pleine épidémie de grippe?

Oui nous sommes en phase d’épidémie. Nous devons être vig­i­lant des cas de grippe chez les patients âgés.

Ce sont des patients com­plex­es qui ont beau­coup de comor­bid­ités (décom­pen­sa­tion sur le plan res­pi­ra­toire et sur les autres comor­bid­ités), ils sont sou­vent hos­pi­tal­isés, mais le nom­bre de place en UGA (Unité de Géri­a­trie Aigüe) ou en réan­i­ma­tion est lim­ité.

Les urgences sont-elles plus encombrées qu’à l’ordinaire ? Et comment êtes-vous organisé ?

La grippe est très con­tagieuses ce qui néces­site des cham­bres indi­vidu­elles pour les patients. Ain­si nous avons ré-ouvert 4 lits en « UPCS like » Unité Poly­va­lente de Court Séjour situé au 7e étage ouest.

Nous avons ren­for­cé le nom­bre de per­son­nel médi­cal et paramédi­cal.

Les réu­nions de crises qui se tien­nent les lundis per­me­t­tent d’affiner le main­tien ou non des lits ouverts.

Lorsque nous man­quons de place les patients sont trans­férés sur les UGA extérieur (Stell à Rueil Mal­mai­son, clin­ique du Val d’or à Saint Cloud, cen­tre hos­pi­tal­ier des qua­tre temps à Sèvres, hôpi­tal de la porte verte à Ver­sailles)

Avec quels symptômes grippaux doit-on envoyer à l’hôpital ?

  • Patient âgés plus de 75 ans
  • Désat­u­ra­tion
  • Polyp­née
  • Hypo ten­du
  • Mar­bré

Nous util­isons le test rapi­de PCR. Le résul­tat est con­nu en 1h30, la réac­tion est en chaîne par polymérase en temps réel. Ce test per­met de con­naitre la souche de la grippe (grippe A ou grippe B)

Nous parlons beaucoup des services des urgences en ce moment car le risque d’accident devient immense, qu’en pensez-vous?

La sit­u­a­tion actuelle dans les ser­vices d’urgence est la con­séquence d’une lente dégra­da­tion de l’ensemble du sys­tème de soin en France. C’est très préoc­cu­pant.

Désor­mais les ser­vices des urgences en France sont sat­urés en per­ma­nence, cette sat­u­ra­tion aug­mente le risque d’erreurs médi­cales. Aucune autre spé­cial­ité médi­cale ne con­nait une telle expo­si­tion au risque.

Nous util­isons les urgences pour com­penser les insuff­i­sances du sys­tème de soins. Elles sont les seuls lieux ouverts en per­ma­nence quand les autres acteurs sont absents ou défail­lants.

Une des clés du prob­lème est que beau­coup de patients vont aux urgences par défaut : quand ils n’ont pas de médecin trai­tant, quand le médecin de ville ne sait plus faire les sutures, ou quand il faut un ren­dez-vous rapi­de avec un ensem­ble de spé­cial­istes introu­vables en ville. Quand un général­iste veut hos­pi­talis­er un patient, plutôt que l’adresser directe­ment dans un ser­vice hos­pi­tal­ier qui ne répond pas, il l’envoie aux urgences. Quand une per­son­ne âgée ne peut plus rester à son domi­cile, on l’envoie aux urgences. Quand elle ne peut se déplac­er chez son médecin qui ne fait plus de vis­ite à domi­cile, on l’envoie aux urgences. Quand des familles sont sans abri, elles vien­nent aux urgences. Quand un traite­ment lourd à domi­cile se com­plique, on vient aux urgences. Quand une mai­son de retraite n’a pas de médecin, elle envoie ses pen­sion­naires aux urgences. Quand les soins pal­li­at­ifs ne sont plus pos­si­bles chez soi, on vient mourir aux urgences….

A l’origine, les urgences ont été créées pour soign­er les blessés de la route. Aujourd’hui on les utilise pour com­penser les insuff­i­sances du sys­tème de soins.

Le nom­bre de vis­ite aux urgences a dou­blé en 20 ans et va con­tin­uer à aug­menter car la pop­u­la­tion grandit et vieil­lit, tan­dis que le nom­bre de médecins baisse.

Les SU sont les seuls ser­vices de l’hôpital en accès totale­ment libre. IL serait intéres­sant de se pencher sur la pos­si­bil­ité de fil­tr­er l’accès aux urgences. Les patients ne pour­raient plus s’y ren­dre sans avoir appelé une plate-forme télé­phonique ou numérique de régu­la­tion médi­cale. Ces plates-formes guideraient les patients vers les struc­tures adap­tées à leur état : un pro­fes­sion­nel de ville qui aurait don­né ses disponi­bil­ités (sur le mod­èle Doc­tolib), une hos­pi­tal­i­sa­tion le lende­main….

Nos propo­si­tions :

« Avant de vous déplac­er, appel­er ! » doit être le mes­sage porté.

  • Dans les ter­ri­toires éloignés, les pro­fes­sion­nels locaux capa­bles de don­ner une pre­mière réponse (médecins, phar­ma­ciens, infir­miers…) seront labélisés.
  • L’exploitation du big data pour per­me­t­tre des con­sul­ta­tions plus sures et per­son­nal­isées : rap­pel télé­phonique des patients pour s’assurer de leur état, infor­ma­tion en temps réel, out­ils de pre­scrip­tion, pos­si­bil­ité de ren­voi des patients avec recon­vo­ca­tion sur une plage horaire moins chargée.
  • Créa­tion de 2 par­cours dis­tincts pour les per­son­nes âgées et les patients jeunes, l’hôpital et les maisons de retraite seront reliés avec des out­ils de télémédecine et de mod­éli­sa­tion.
  • Une fil­ière dédiée sera organ­isée dans chaque hôpi­tal afin d’offrir un accueil adap­té aux malades de can­cer ou de démence, ils ne passeront plus leur dernières heures de vie aux urgences.
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