Publié le 1 avril 2020

Depuis quelques semaines, une crise san­i­taire touche la France et la planète entière. Cette pandémie de Covid-19 ne ces­sant de s’ac­croître, l’Hôpi­tal Foch est depuis le 11 mars en pre­mière ligne pour com­bat­tre le virus.

L’hôpi­tal est forte­ment réputé grâce à ses pro­fes­sion­nels de san­té d’élite, ses équipements de pointe, un niveau d’en­seigne­ment élevé et dis­posant de for­ma­tion et de recherche.
C’est égale­ment avec ses 2 200 col­lab­o­ra­teurs mobil­isés ain­si que 100 000m² qu’il fait preuve d’une grande apti­tude pour com­bat­tre le coro­n­avirus.

Etant don­née la sit­u­a­tion excep­tion­nelle, l’Hôpi­tal Foch s’adapte en per­ma­nence et se trans­forme au jour le jour afin de sub­venir au flux quo­ti­di­en des patients.

Le directeur général Jacques Léglise a fait le point sur la sit­u­a­tion dans Suresnes mag, ce lun­di 30 mars.

INTERVIEW : JACQUES LEGLISE, DIRECTEUR GENERAL DE L’HÔPITAL FOCH

“Nous nous adap­tons en per­ma­nence”

Jacques Léglise

Suresnes-Mag : Quelle est la sit­u­a­tion à l’Hôpital Foch après 20 jours de crise liée à l’épidémie de coro­n­avirus ?

Jacques Léglise : Nous sommes inté­grés au dis­posi­tif Covid depuis le 11 mars. Au début, le dis­posi­tif prévoy­ait que les patients covid que nous détec­tions étaient ren­voyés vers des hôpi­taux parisiens de niveau 1 : Bichat et la Pitié-Salpêtrière. Aujourd’hui, nous prenons en charge ces patients à Suresnes.

S‑M: Quelles sont les prin­ci­pales adap­ta­tions que vous avez dû met­tre en place ?

J. L. : Nous avons petit à petit recon­ver­ti une grande par­tie de nos lits en  « lits covid » et nous avons qua­si­ment triplé nos capac­ités de lits de réan­i­ma­tion. Nous en avons habituelle­ment 14. Aujourd’hui nous sommes à 34 lits de réan­i­ma­tion unique­ment « covid » et une douzaine de lits de réan­i­ma­tion « non covid » parce que nous con­tin­uons à accueil­lir des patients pour des urgences, notam­ment des AVC, des infarc­tus, etc.
Nous avons fer­mé une par­tie des lits de cer­tains secteurs puisque nous n’avons plus la grosse activ­ité chirur­gi­cale pro­gram­mée de l’hôpital. Et nous en avons con­ver­ti une par­tie en lits « Covid ». Nous avons ain­si redé­ployé des per­son­nels vers une unité « covid 19 » créée spé­ciale­ment. Nous avons à peu près en per­ma­nence 120 malades en lits « covid », hors réan­i­ma­tion.
Nous étu­dions le moyen d’ouvrir une ving­taine de lits sup­plé­men­taires de réan­i­ma­tion « Covid » dans la semaine pour arriv­er à faire face à la mon­tée en puis­sance de l’épidémie sur la région Île-de-France.

S‑M: La  « vague », que l’on red­outait pour le week-end du 28 mars, n’est donc pas encore arrivée ?

J. L. : Il y a eu une pro­gres­sion de l’activité le week-end dernier mais il n’y a pas eu un mur bru­tal. Néan­moins, ça con­tin­ue à croître et la région a d’ores et déjà dépassé ses moyens habituels de réan­i­ma­tion. En temps nor­mal, il y a 1100 lits de réan­i­ma­tion dans la région. On est à 1600 malades en réan­i­ma­tion à ce jour en Île-de-France. Les patients y sont générale­ment pour 3 semaines. Il y a une bonne col­lab­o­ra­tion entre toutes les caté­gories d’hôpitaux et ça se passe très bien dans les Hauts-de-Seine.

“Plus on arrivera à faire en sorte de ne pas avoir affaire à un mur, c’est-à-dire 200 ou 300 patients à met­tre en réan­i­ma­tion d’un seul coup, mais 50 de plus chaque jour, plus nous arriverons à faire face. Parce que des patients entrent en réan­i­ma­tion mais d’autres en sor­tent aus­si. Quelques-uns décè­dent mais la plu­part guéris­sent.”

Jacques Léglise

S‑M: Avez-vous eu à gér­er des pénuries de masques pour le per­son­nel, de gel, de sur­blous­es, de cer­tains médica­ments ou de matériel ?

J. L. : Nous n’avons pas eu de pénurie de masques mais nos stocks fondaient dan­gereuse­ment la pre­mière semaine, puis c’est ren­tré dans l’ordre. Nous n’avons pas de prob­lèmes sur les masques et le gel. Nous com­mençons à avoir des dif­fi­cultés sur les blous­es car nous con­som­mons telle­ment que les four­nisseurs n’arrivent plus à nous livr­er. Nous sommes en train de chercher de nou­veaux four­nisseurs. Pour les médica­ments, il com­mence à y avoir sur la Région parisi­enne une dif­fi­culté à s’approvisionner sur cer­tains médica­ments pour la réan­i­ma­tion et nos médecins repassent à des tech­niques avec des gaz halogénés plutôt que des sédat­ifs en intraveineuse.

S‑M: Com­ment s’en sor­tent vos équipes ?

J. L. : On essaye de s’adapter. Les équipes sont très investies. L’absentéisme est rel­a­tive­ment faible si ce n’est lié à la mal­adie puisque, naturelle­ment, nous sommes nous-mêmes touchés par le virus. Selon l’intensité des symp­tômes, les arrêts de tra­vail peu­vent être d’une semaine ou 15 jours, voire plus. Nous avons beau­coup tra­vail­lé à redis­tribuer les effec­tifs de l’hôpital. Nous sommes très atten­tifs à ne pas épuis­er nos per­son­nels depuis le pre­mier jour. Nous avons préféré met­tre des gens en con­fine­ment à la mai­son, fer­mer des unités, de manière à avoir des « réserves fraîch­es » qui vien­nent pren­dre la relève de ceux qui peu­vent être oblig­és de s’arrêter soit en mal­adie soit pour des raisons de fatigue. Par ailleurs nous avons fait appel à des volon­taires de la réserve san­i­taire qui nous ont rejoint pour ren­forcer l’hôpital.

S‑M: Quel est le moral des équipes de Foch?

J. L. : Une équipe de psy­cho­logues fait du sou­tien psy­chologique. Ce qui sou­tient aus­si beau­coup le moral des troupes ce sont toutes les man­i­fes­ta­tions et témoignages de sol­i­dar­ité que nous recevons en très grand nom­bre, des gens qui tous les jours nous appor­tent des pâtis­series, des vien­nois­eries, un food truck est venu dernière­ment faire des crêpes… quelques exem­ples de toutes ces choses qui sou­ti­en­nent le moral des troupes. Il y a un vrai mou­ve­ment de sol­i­dar­ité vis-à-vis de l’hôpital.

S‑M: Pou­vez-vous encore accueil­lir des cas sévères en réan­i­ma­tion Covid ?

J. L. : Il nous reste deux places aujourd’hui mais nous allons ouvrir 10 lits de plus demain mar­di et prob­a­ble­ment 10 de plus dans quelques jours.

S‑M: Est-ce vrai que les malades de plus de 75 ans ne seraient plus admis en réan­i­ma­tion en Ile-de-France ?

J. L. : C’est faux. Il peut toute­fois arriv­er que, compte tenu de l’état général de cer­tains patients présen­tant d’autres fac­teurs de comor­bid­ité, on décide de ne pas les met­tre en réan­i­ma­tion et leur faire subir des traite­ments très invasifs. Le béné­fice d’une réan­i­ma­tion est tou­jours posé quand on a quelqu’un dont l’état est vrai­ment très dégradé. C’est l’état général du patient qui inter­vient, pas sa date de nais­sance. L’hypothèse qu’en région Ile-de-France, aujourd’hui, on n’admettrait plus les patients de plus de 75 ans en réan­i­ma­tion relève pour moi de la légende urbaine.

S‑M: Le con­fine­ment demeure le meilleur moyen d’étaler le flux des patients et d’éviter la ques­tion du  « tri » des malades ?

J. L. : C’est ce que dis­ent tous les médecins. Plus on arrivera à faire en sorte de ne pas avoir affaire à un mur, c’est-à-dire 200 ou 300 patients à met­tre en réan­i­ma­tion d’un seul coup, mais 50 de plus chaque jour, plus nous arriverons à faire face. Parce que des patients entrent en réan­i­ma­tion mais d’autres en sor­tent aus­si. Quelques-uns décè­dent mais la plu­part guéris­sent. Plus on gagne du temps, plus nous sor­tons des patients guéris de nos lits de réan­i­ma­tion qui devi­en­nent libres pour admet­tre des patients plus graves. Le vrai sujet de préoc­cu­pa­tion, c’est celui des lits de réan­i­ma­tion. Pour les patients qui ont des affec­tions qui néces­si­tent une hos­pi­tal­i­sa­tion sans réan­i­ma­tion il n’y a pas de prob­lème sur la région Île-de-France pour le moment. Il y a encore suff­isam­ment de lits et large­ment. A Foch, on recon­ver­tit les lits et on peut en ouvrir au fur et à mesure. S’il faut en ouvrir 20 ou 30 de plus demain, ce n’est pas com­pliqué.

S‑M: Com­ment le per­son­nel de l’hôpital est-il testé ?

J. L. : Ceux qui ont des symp­tômes sont testés et arrêtés autant que de besoin. Nous avons des arrêts néces­saire­ment. Les soignant sont comme les autres. Pour l’instant, nous arrivons à gér­er les arrêts de tra­vail grâce à la réduc­tion de voil­ure que nous avons entre­prise en fer­mant des lits dans cer­tains ser­vices, et au fait d’avoir mis des gens de côté pour les préserv­er. Nous arrivons encore à com­penser ces arrêts.

S‑M: Y‑a-t-il eu des décès de patients à l’Hôpital Foch du fait du Coro­n­avirus ? Quel mes­sage pou­vez-vous adress­er aux Sures­nois ?

J. L. : Bien sûr. Nous avons eu aus­si des décès de patients covid 19. Le mes­sage est le même que celui que nous font pass­er les pou­voirs publics : Restez chez vous, respectez les règles de con­fine­ment. Il faut atten­dre que cette crise san­i­taire soit passée.

S‑M: Quel est le prin­ci­pal défi que vous devez relever aujourd’hui ?

J. L. : Savoir à quel moment on sera au pic de l’épidémie et si à ce moment de l’épidémie on aura suff­isam­ment de moyens pour accueil­lir les patients en réan­i­ma­tion. C’est une lutte dans la région Ile-de-France entre la mon­tée des besoins et l’adaptation du tis­su hos­pi­tal­ier pour créer davan­tage de lits de réan­i­ma­tion.

Source : suresnes-mag.fr

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